Réflexion sur la gestion des conflits

Réflexion sur la gestion des conflits

EGLISE EVANGELIQUE LUTHERIENNE DU CAMEROUN (EELC)
DIRECTION DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION (DIC)

Thème: « La gestion des conflits »

Objectif principal : être capable de gérer les conflits de manière constructive dans l’Eglise et dans nos milieux de vie.

Sommaire
En guise d’introduction
1- Qu’est-ce qu’un conflit ?
2- Qu’est-ce qu’un conflit apporte en négatif mais aussi en positif ?
3- Quelques cas de gestion des conflits dans la Bible : des exemples à suivre
4- Les techniques ordinaires de gestion des conflits
5- Les obstacles à la promotion de la paix dans nos Eglises, familles…
En guise de conclusion
Bibliographie

En guise d’introduction

Le thème de la gestion des conflits connaît depuis quelques années un intérêt particulier dans nos sociétés, mais aussi dans nos Eglises où crises et tensions relationnelles sont récurrentes. Repoussant ouvertement l’idée d’une communauté paisible et harmonieuse. Nous partirons du principe que toute vie commune génère nécessairement des conflits : en famille, à l’Eglise, au travail, dans le voisinage, au niveau d’un village voir même un pays… Personne n’aura l’audace de dire qu’elle ne sait pas ce que c’est ou qu’elle n’a jamais eu un conflit. Il s’agit d’un phénomène universel et éternel, qui nous touche tous parce que nous sommes des êtres humains, des êtres fragiles, des êtres limités. Dans le cadre de cet enseignement, plusieurs axes vont nous intéresser : d’abord qu’est-ce qu’un conflit (1) et qu’est-ce qu’il apporte en négatif mais aussi en positif ?(2) Ensuite nous verrons quelques cas de gestion des conflits dans la Bible (3) et les techniques ordinaires de gestion des conflits(4). Et nous terminerons par les obstacles à la promotion de la paix dans nos Eglises, familles(5)…

1- Qu’est-ce qu’un conflit ?

Selon le dictionnaire Larousse , un conflit est une opposition d’opinion, de sentiments. Opposition d’intérêts entre deux pays, deux Etats. Dans ce sens, on comprend simplement qu’un conflit est une lutte, une rivalité, une guerre. Si l’on se tourne vers l’étymologie, on rencontre le substantif latin conflictus, qui veut dire « affrontement, heurt, choc ». Il s’agit donc d’un heurt qui résulte de la confrontation entre des forces opposées (02 personnes, 02 groupes, 02 ethnies, 02 villages, 02 pays..).
Deux personnes peuvent donc entrer en conflit à cause d’un désaccord sur la ponctualité, la disponibilité, les conditions de travail, le dévouement, la calomnie, le tribalisme… Et ce désaccord devient facteur de tensions et d’oppositions réelles. Un conflit peut opposer des personnes ou des groupes, ou encore être interne à un individu. L’opposition entre des personnes génère des conflits internes à chacune des personnes en conflit (soucis, tensions interne, haine, mauvaise pensée…) et modifie même le comportement de ce dernier. Maintenant, quel est l’apport d’un conflit ?

2- Qu’est-ce qu’un conflit apporte en négatif mais aussi en positif ?

Au-delà de la stricte définition du conflit comme un heurt dû à la confrontation entre des forces opposées, ou comme un désaccord, nous pouvons réfléchir à la valeur d’un conflit, ce qu’il nous apporte en négatif et en positif. Contrairement à ce que l’on pense, le conflit peut représenter soit un danger, soit une opportunité selon la manière dont il est géré, selon que la gestion qui en est faite est destructive ou constructive. Signalons en passant que la famille, le village, l’Eglise et le lieu de service sont les milieux où les conflits sont très récurrents à cause de la proximité interpersonnelle très grande.
Le conflit est destructeur lorsqu’il est nié et resurgit sous une forme virulente. C’est le retour du refoulé, toujours dévastateur. Il est aussi dévastateur lorsqu’il glisse d’un conflit d’objet (besoin, intérêt ou valeurs) en un conflit de personnes.
Le conflit est constructif lorsqu’il permet d’identifier et de discerner des problèmes, parfois dangereux. Il est alors un signe révélateur de dysfonctionnement et de changement (structure, personne). Une illustration saisissante se trouve dans Acte 6 : 1-7.
Albert Lorent confirme ce que nous disons en ces termes : « Toutefois, un conflit peut évoluer dans des sens différents. Parfois, il détruit la cohésion sociale (par ex. une guerre ou une longue grève qui paralysent tout un pays), parfois, il l’améliore (la négociation d’accords économiques intéressants, la prise en compte de revendication syndicales, etc.) » A présent, que dit la Bible ?

3- Quelques cas de gestion des conflits dans la Bible : des exemples à suivre
Dans l’Ancien Testament

1 Samuel 24 et 26
Le conflit qui oppose Saül le persécuteur à David le persécuté au sujet de la royauté. A deux reprises, dans la caverne et le camp, David avait la possibilité de tuer Saül. Dans la caverne, Saül entre seul et sans ses armes pour déféquer. David était caché dans cette caverne avec ses hommes armés. Malgré les pressions de ses amis et compagnons d’armes qui l’encouragent à profiter de la situation, il renonce à porter atteinte à la vie de son adversaire.
Dans nos petites guerres en famille, au travail, dans l’Eglise, nous profitons facilement d’une position supérieure, favorable pour porter un mauvais coup à l’adversaire sans avoir peur de Dieu.
Double leçon : pour gérer ou dénouer un conflit, il convient d’une part de résister aux pressions de ses amis et proches, parfois de son conjoint, des paroissiens et d’autre part ne pas avoir recours à la lâcheté.
1 Rois 3 : 16-28
Le fameux jugement du roi Salomon. Les deux femmes prostituées qui vivaient et dormaient ensemble. Chacune avait eu un bébé mais malheureusement, l’une des femmes avait perdu son bébé et revendiquait la maternité de l’enfant qui est resté vivant. La seule chose qui compte pour celle qui revendique et s’acharne, ce n’est pas l’objet lui-même, mais ce de posséder ce que l’autre possède (une convoitise atroce). Le roi utilise une ruse, celle de couper l’enfant en deux. Or un enfant coupé en deux ne fait pas deux moitiés d’enfant vivant mais deux moitiés d’enfant mort. Cela ne dérange pas la fausse mère, qui obtiendrait ainsi ce que possédera sa rivale. En revanche, la vraie mère est prête à abandonner son enfant pour le sauver de la mort. C’est ce renoncement qui permet au roi Salomon de l’identifier comme vraie mère.
Leçon principale : l’attitude de la vraie mère est l’une des solutions aux conflits de rivalité : le renoncement total à l’objet convoité.

Dans le Nouveau Testament

Jean 8 : 1-11
Jésus sauve la vie d’une femme. Le Christ est confronté à un dilemme : soit mépriser la loi de Moïse, s’il défend la femme, et donner ainsi à ses accusateurs un argument pour le condamner à mort lui-même, soit trahir son propre enseignement et être coresponsable de la mort de la femme s’il admet la lapidation. C’est une question de vie ou de mort des deux personnages centraux. Jésus se baisse alors vers le sol et écrit avec le doigt sur la terre (V. 6). Un temps de silence, de réflexion et de prière. Il fait tomber la tension, il calme le jeu en détournant l’attention des scribes et pharisiens. Se redresse et déclare : « Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle » (V. 7). Par cette affirmation, il rend la loi inapplicable et met chacun devant sa propre conscience. Il leur laisse ainsi la possibilité de quitter le conflit sans perdre la face.
Leçon à considérer : il a ramené le conflit d’un conflit de personnes (des hommes contre une femme) à un conflit d’objet (l’adultère). Une belle diplomatie pour le médiateur de circonstance, Jésus. Geste anodin et Parole.

Matthieu 18 : 1-5
Lorsque ses disciples se disputent sur un banal sujet, celui de savoir qui est le plus grand, Jésus leur présente un enfant à imiter, symbole de tous ceux qui sont petits : les pauvres, les exclus, les malades. Jésus leur indique ainsi une voie, un chemin. Face à la prétention de la supériorité ou la soif de pouvoir, l’ouverture et l’attente de l’enfant guident les attitudes par lesquelles personnes ne se sentira blessé. Le conflit a été géré simplement et sagement avec une technicité ordinaire.

4- Les techniques ordinaires de gestion des conflits

Avant que les Eglises ne s’y intéressent, la société civile dans son ensemble se préoccupait déjà de la question de la régulation des conflits. Plusieurs techniques existent : la négociation, la médiation, l’enquête, la conciliation, l’arbitrage… On peut aussi gérer les conflits en tenant compte de nos valeurs morales et bibliques notamment le dialogue, l’amour du prochain (Jn 13 : 34-35), le pardon (Mt 18 : 21-22), la réconciliation (la vraie) (1 Cor 5 : 18-20)… Comme le déclare Frédéric Rognon : « Vivre en frères et sœurs dans l’Eglise, c’est donc se disputer, faire des concessions, se pardonner, se réconcilier, et parfois savoir se séparer, comme dans une famille. Car il est vain de prêcher chaque dimanche le pardon et la réconciliation si l’on refoule les occasions de les exercer, si l’on s’interdit de pénétrer sur leur champ spécifique d’application : le domaine des conflits » .
En cas de conflit, de malentendu, le recours au dialogue reste indispensable pour lever l’équivoque, pour lever les incompréhensions. La communication est une force constructive. Elle est source de tous les conflits, elle est source de toute résolution. Généralement, la médiation n’intervient que lorsque le dialogue a échoué. Le choix du médiateur est voulu par les deux parties : « conclure des accords sur la manière dont la médiation se déroulera constitue la fondation de tout le travail qui suivra » Parmi les techniques de gestion des conflits, la médiation à notre avis est la plus propice.
La médiation est une intervention, une action en vue d’une conciliation. Il s’agit d’une technique destinée à débloquer une situation figée, une rupture de dialogue. La médiation fait intervenir une tierce personne indépendante, extérieur au conflit. Il n’est pas l’avocat de l’une des deux parties, ni juge ou arbitre, ni messager neutre, mais solidaire de tous. Il fait preuve d’écoute et de solidarité non partisane.
Dans le processus de résolution d’un conflit, la bonne volonté seule ne suffit pas. Il y a les outils d’analyse et les techniques de gestion des conflits qui sont importants. Mais ne suffisent pas non plus s’il y manque de la bonne volonté et une motivation forte de la part de toutes les parties en conflits. Et dans l’Eglise, il faut peut-être une certaine dose de foi, d’espérance et d’amour fraternel.
5- Les obstacles à la promotion de la paix dans nos Eglises, familles…
– L’incompréhension (Paroissiens, pasteurs, parents, enfants, employés, employeurs…)
– L’intolérance (attitudes hostiles, stigmatisation religieuse)
– Manque, blocage ou refus de dialoguer (pas d’échange, faux problème)
– Les injustices (nantis et opprimés)
– Tribalisme (frustration, haine…)
– L’égoïsme, sadisme, cupidité
– Les controverses doctrinales
– Les luttes de positionnement
– Les divisions, les tendances
– L’excès de zèle…
La paix est admise comme absence de querelles, de guerres, de troubles. C’est le calme, la tranquillité entre les membres d’une société, d’une communauté ou d’une famille. Dans ce cas, il faut dire que, rien ne peut se faire sans la paix. Aucun développement harmonieux n’est possible sans la paix : « là où tu te trouves, aime la paix, et ce que tu aimes est déjà avec toi. La paix est une réalité du cœur ». Respecter Dieu, c’est être aussi artisan de paix à l’image de Jésus-Christ (Romains 15 : 33, 2 Cor 13 : 11, Jean 14 : 27, Eph 2 : 14).

En guise de conclusion

Il n’était pas question pour nous de favoriser artificiellement des conflits ni de s’y complaire. Ils sont suffisamment présents dans nos Eglises et famille à l’état latent ou manifeste. Comme nous l’avons vu, les conflits peuvent être, à certaines conditions, facteurs de changement notoire. Ne jamais laisser le conflit suivre son cours, il aura plutôt tendance à dégénérer, à se renforcer, à gâter les relations et à conduire à des ruptures qui laisseront chez toutes les parties en présence des stigmates de blessures et d’amertume. Loin de cette attitude passive de retenue devant le conflit, nous plaiderons en faveur de la résolution pacifique des conflits dans nos Eglises et famille : « Vivre en frères et sœurs dans le dialogue et la paix » car nous sommes tous mendiants de la paix. A nous de comprendre que l’un des premiers effets positifs d’un conflit bien géré réside dans la transformation de l’image que chacun se fait de l’autre ou de l’Eglise. Toujours recentrer tout conflit sur son objet et éviter de glisser vers un conflit de personnes.

Bibliographie

1- Friedman G., & Himmelstein J., Défier le conflit, la médiation par la compréhension, éd. Nouveaux Horizons, Paris, 2010.
2- Larousse de Poche 2005
3- Lorent A., Management et structures d’Eglise, Vers un sens pastoral de la gestion, éd. Lumen vitae, Yaoundé, 2013.
4- P. Y. Fux P.Y., Paix et guerre selon Saint Augustin, éd. JP Migne, Paris, 2010.
5- Rognon F., Gérer les conflits dans l’Eglise, éd. Olivétan, Lyon, 2006.

Autres
– Bible Louis Segon
Rév. Patrick Serge TENEKU
Pasteur et Journaliste
691 411 764 / 675 42 42 88
http://credit-n.ru/zaymyi-next.html http://credit-n.ru/zaymyi-next.html

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